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Veux-tu passer de l'autre côté du miroir? Avec mes deux psychopompes, je veille sur la Source de Vie. Les devas du lieu m'inspirent des diatribes acérées contre les forces brutes de l'Âge de Fer.

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"De la radionique à la philosophie en passant par l'ésotérisme et la science-fiction"

La boîte à comm d'un de mes articles "Derrière le miroir" a engendré une longue conversation entre deux de mes visiteurs. Comme je l'ai trouvé très intéressante, je l'édite dans sa presque totalité. Je n'ai pas mis les commentaires de Dick Shaver car ils étaient trop dispersés dans l'espace et surtout trop élogieux pour moi (ma modestie naturelle en souffrirait). Mais comme JPVDM reprend les thèmes soulevés par D. Shaver, cela ne nuit nullement à la compréhension.

J'ai évidemment corrigé les fautes de frappe et éliminé ce qui n'était pas indispensable.

"Je ne me prétends pas radionicien, je m'intéresse à la radionique... comme à d'autres choses.
Ceci étant : on peut faire de cela une histoire à la Philip K. Dick. Vous savez, l'une de ses obsessions était la question : "qu'est-ce que la réalité ?" Est-ce celle qui se donne à voir à nos sens, ou à l'objectif de l'appareil photo, ou celle qui transparaît lorsque l'on "arrange la photo". Est-ce l'image dans le miroir, ou le réel se trouve-t-il "de l'autre côté".

Le Dieu Pan est-il mort ? Peut-être pas, peut-être est-il seulement écartelé.

Dans ce cas, il serait amusant qu'un double recours à la technologie - photographie + logiciel graphique" le ressuscite. La technologie venant au secours du paganisme, ce n'est pas banal (mais très "dickien").

En ce qui concerne les miroirs, ils génèrent de la symétrie inversée, donc du "double" qui est cependant "autre" (la droite du "double" est la gauche de "l'original", même inversion pour la gauche). Voir l'adage alchimique : "ce qui est en haut est comme ce qui est en bas".

La radionique est actuellement une pratique, et pas (encore ?) une science, des tas de marchands du temple se sont engouffrés là-dedans pour vendre avec force promesses alléchantes tout et son contraire. Mais cela, c'est courant. De toutes manières, je ne prétends pas, à ce stade de mes "enquêtes", qu'elles soient pertinentes. J'ai trouvé sur ce blog des photos "originales" et "bidouillées". J'ai testé les unes et les autres. Les "bidouillées" "vibraient" plus que les originales. Mais si toute la radionique est à jeter (ce qui est possible), ça ne signifie rien.
De toutes manières, je cherchais dans la radionique une explication "romanesque" au phénomène. Puisque vous semblez apprécier Dick - le plus grand auteur de science fiction, selon moi - vous connaissez l'un de ses thèmes récurrents : sous l'apparence qui imprime nos sens se cache une autre réalité plus consistante, masquée, mais qui ne demande qu'à reprendre toute sa place, à dissiper ce mirage. C'est, à ma connaissance, le thème principal de deux de ses romans : "Le temps désarticulé" et "Les pantins cosmiques".

Je suis parti de cette hypothèse. La source est "magique" parce qu'elle est un "lieu mémoire", mais une mémoire effacée. On la photographie, elle laisse parfois apparaître, comme dans les deux romans précités, qu'il se cache "quelque chose" derrière. Mais comme nous sommes partie prenante de ce monde falsifié, nous ne pouvons percer le mystère, même avec un appareil photo, prolongement de l'oeil. Intervient alors le logiciel photoshop. Il agit en la circonstance selon des algorithmes géométriques. El l'esprit de géométrie n'est-il pas l'esprit de finesse (c'est-à-dire, qui perce à jour les illusions, la réalité telle qu'elle nous apparaît endossant alors ce statut) ?


Reste, pour que mon récit onirique soit complet, d'attribuer un statut à cette chienne hiératique, nommée Twin, qui s'obstine à porter des bouts de bois. Née le 11 septembre 2001, si j'ai bien compris. Quelle synchronicité, dirait Yung ! Les deux towers, symboles de la puissance de l'Occident, soufflées comme des fétus de paille et ouvrant sur un trou béant, le vide, la poussière, l'angoisse de l'absence. Et aussitôt, la lutte du "Bien et du Mal", dixit Georges le cow boy est relancée (Bush et ce thème sont dickiens, eux aussi ; Bush est une carricature des hommes de pouvoir chez Dick et la lutte Bien Mal est le centre du roman "Les Pantins Cosmiques").

Revenons à cette brave Twin. Elle amène du bois, et je suis sûr que sa maîtresse le brûle dans sa cheminée. Horreur ! Moi, je serais "la grenouille", je photographierai les bouts de bois, je les bidouillerai... pour voir apparaître des messages. Car c'est là sa fonction : les Dieux ne parlent pas, ils "impriment" des bouts de bois et elle, brave chienne, elle les ramène, dans l'espoir que...

Lutte du Bien Contre le Mal ? L'Eternel contre Satan (dont ce pauvre Job fait les frais, mais il est plus grand qu'eux, finalement, puisqu'il fait pousser des roses de sagesse sur son fumier). Ormuz contre Ahriman ? Etc. C'est de tous temps, de tous mythes, de toutes cultures.

Regardez les "Dieux" de la source. Certains feraient peur à Lovecraft soi-même, d'autres ont l'air affables.

Mais faut-il se fier aux apparences ?

Qui est qui et dans quel camp (tous les barbus ne sont pas terroristes, tous les glabres ne sont pas démocrates, ce qui nous fait instinctivement peur n'est pas forcément pernicieux, et ce qui nous charme n'est peut-être qu'un trompe l'oeil de plus).

Réponse à Dick Shaver

Je m'intéresse aux mathématiques, à la théorie des jeux, à l'astrophysique, à la philosophie, mais aussi... au symbolisme, à l'alchimie, à la radionique... et à la science fiction ("loterie solaire" est le premier roman de SF que j'ai lu... il y a 32 ans, ce qui ne me rajeunit pas).

J'ai lu il y a plusieurs années "Le temps désarticulé"... (mais où sera donc le petit homme vert demain ?), mais j'ai découvert seulement la semaine dernière "Les pantins cosmiques".

Certaines mauvaises langues ont prétendu que l'une des questions qui obsède Dick : "qu'est-ce que la réalité ?" ne pouvait qu'être l'émanation de quelqu'un qui a trop fumé la moquette. C'est faux. C'est la question qui résulte naturellement de la révolution scientifique et philosophique qui a eu lieu au début du XXème siècle.

La science se croyait triomphante. Elle pensait que tout allait devenir "connaissable". La philosophie ronronnait dans une logomachie métaphysique de bon aloi ou affichait un positivisme triomphant (Hegel : "Tout ce qui est réel est rationnel, tout ce qui est rationnel est réel"). L'économie empreinte d'idéologie - qu'elle soit libérale ou marxiste - promettait des lendemains qui chantent : au choix, tout le monde allait s'enrichir ou, après "Le Grand Soir", on allait "raser gratis".

Et puis, patatras ! Nietzsche se livre à une critique radicale de la métaphysique, le principe d'incertitude de Heisenberg et le théorème d'incomplétude de Godel, la découverte de la singularité du "temps 0" ruinent le scientisme (et oblige la connaissance mathématisée "objective" à faire appel aux probabilités - il n'y a donc plus de certitudes), les idéologies économico politiques engendrent guerres, dictatures et faillites et, pour couronner le tout, sous le glaçon fondant de la conscience, Freud découvre l'iceberg foisonnant de symboles de l'inconscient. Le problème, c'est que nous vivons dans un monde qui ne veut pas tenir compte de cette évidence : les voies d'explorations du réel suivies jusqu'alors n'ont pas réussi à en faire une analyse exhaustive - on l'interprète, on ne le connaît pas dans son essence.

Ainsi, même nos instruments (et, j'ajoute, le langage également) ne sont qu'une prolongation de notre insuffisance.

C'est d'ailleurs à mon sens tant mieux. Car si le réel était connaissable objectivement, il s'en suivrait qu'il y aurait une vérité, et les autres catégories platoniciennes rappliqueraient dare-dare : avec le vrai, le bien, le juste, etc.

Dès lors que le réel pourrait être connu "objectivement", qu'il existerait une "Vérité", il serait de bonne "gouvernance" d'enfermer au moins ceux qui n'y croient pas derrière des miradors et des barbelés, et de laisser le gouvernement du monde aux ordinateurs (cf. le roman de Dick : "Les marteaux de Vulcain"). Heureusement, il n'en est rien et ni religion, ni dogme, quel qu'il soit, ne peut plus honnêtement prétendre avoir complètement levé le voile de Maya.

Reste que certains prétendent qu'ils peuvent accéder au réel, non en l'analysant, mais en "fusionnant" avec lui au terme d'une ascèse qui fait voler en éclats la barrière séparant le connu et le connaissant : ce sont les mystiques (et ceci pourrait expliquer - et, encore une fois, ce ne serait pas alors un délire psychédélique - les romans "mystiques" de Dick).

Certains alchimistes prétendent même qu'une telle "métanoïa", lorsqu'elle est menée à bien, permet de transmuter la matière. la pierre philosophale n'est plus alors un but en soi, mais une conséquence de "l'état indifférencié".

Des voies à explorer ? Peut-être."

Je me demande si cela peut intéresser d'autres personnes. Le dialogue se transformera-t-il en forum philosophique ?

L'avenir nous le dira.

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D
Comme tu le dis, effectivement tout le problème est dans l'abandon de la pensée "active" ou "programmée". Dans un monde Aristotélicien comme celui dans lequel nous baignons, nous sommes programmés non pas pour voir les choses telles qu'elles sont mais seulement pour "reconnaitre" des objets appartenant à une catégorie qui nous a été inculquée. Si l'objet perçu par nos yeux ne répond à aucune catégorie, notre esprit le rejette ( ne le "traite" pas) et nous ne le voyons tout simplement PAS. <br /> il faut donc inventer des moyens pour déjouer ce piège Aristotélicien dans lequel nous sommes (c'est ce que Korzibski a vainement tenté de faire avec sa théorie de la sémantique générale), notamment en travaillant sur le langage et les jeux perceptifs...<br />  
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G
Les moyens pour déjouer ce piège, comme tu dis, sont déjà connus. Toutes les mystiques le disent : arrêter la pensée incessante qui traverse notre cerveau, faire le silence. Pour commencer, déjà, prendre conscience de ce flux incessant, le ralentir pour finir par le faire cesser totalement. Ce qui pour nous, occidentaux, est très difficile. C'est un travail. Mais c'est possible. Et quand on y arrive, on perçoit son conditionnement, la conscience se développe, on devient plus créatif et plus intelligent. On sort justement de ce qui nous a été inculqué, les yeux s'ouvrent, les oreilles aussi, et on se sent plus libre. Pour finir par traverser le miroir. Mais pour cela il faut quelques années de "travail".
F
A partir du moment où l'homme a douté de "la réalité" du ou des dieux, le désir de maîtriser l'environnement par l'étiquettage, la spécialisation, la fragmentation des disciplines semble s'imposer à lui. Plus d'état fusionnel mais une recherche de la compréhension des multiples facettes de "la réalité".Or il y a mise en abîme des miroirs. Tout comme la nature a horreur du vide, dit-on, l'homme aimerait regrouper toute expérience dans une formulation ou formule saisissable, unique et éternelle. Disséquer et couper pour maîriser.Il me semble que les cosmogonies dites primitives par ex(interaction et appartenance à une globalité) parviennent à une connaissance de ce qui nous entoure au moins tout aussi intéressante, sinon plus. Là il y a symbolisme et intuition, alors que nos études du réel me semblent bien intellectuelles et souvent dénuées de respect du vivant…
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G
Je suis tout à fait d'accord avec toi. Nul besoin d'intellectualiser pour fusionner avec la nature. Je dirais même plus, l'intellectualisation est un sérieux frein à la fusion. Je crois qu'on peut saisir la réalité sans la pensée, sans les mots, avec un accès direct sans passer par la culture, ni rien de ce qui est appris. Il suffit (mais je reconnais que ce n'est pas facile pour nous, enfants de Descartes) de ne plus penser. Il faut arrêter avec le "je pense, donc je suis" (j'ajouterais : un ego, une construction préfabriquée qui justement n'a pas d'existence, un sujet manifacturé par la civilisation, par la culture). Pour moi, c'est une illusion de réalité, de "l'être". Je ne pense pas, donc je suis l'univers, j'aurais envie de dire. Ca peut peut-être paraître prétentieux ou incompréhensible, mais je ne sais pas le dire autrement.