Veux-tu passer de l'autre côté du miroir? Avec mes deux psychopompes, je veille sur la Source de Vie. Les devas du lieu m'inspirent des diatribes acérées contre les forces brutes de l'Âge de Fer.
Monsieur le Président de la République,
Hier soir, j'ai regardé un film à la télévision, un film de SF : « Les fils de l'homme »... L'histoire de ce film se passe en 2027..., il montre comment la société occidentale évolue en mettant les réfugiés dans des cages, en les traitant pire que du bétail, un peu comme les juifs par les nazis….de façons totalement inhumaine ! Nous ne sommes qu'en 2008, si j'en crois mon calendrier, la date affichée sur mon ordinateur et la date de mon quotidien régional pourtant je reçois ce matin dans ma messagerie un courriel m’apprenant l’histoire de cette famille persécutée depuis des années et qui me ramène à ce film dont je vous parle précédemment.
Voici l'histoire telle qu’on me l’a racontée :
Le père doit être expulsé en Azerbaïdjan, la mère en Arménie, et les enfants coupés en deux ?
M. Ali Hassanov et son épouse Thermine Martirossian, jeune couple de moins de trente ans, ont cherché en France l'asile qu'aucun pays
proche du leur ne leur a offert : Victimes d'un conflit ethnico-religieux (il est azerbaïdjanais, elle est arménienne), ils ont traversé l'Arménie, l'Ukraine, la Russie, cherchant un endroit où élever leur petite famille, leur fille Anna et leur fils Gagik. Comme ils étaient indésirables en ces lieux, ils ont choisi la France qui leur a paru comme un pays accueillant et protecteur. Ce qui était vrai il y a quelques années ne l'était déjà plus lorsqu'ils sont arrivés en février 2005.
Ce mercredi matin 24 avril, Anna, 8 ans, et Gagik, 5 ans, dormaient paisiblement. À 6h du matin, la police aux frontières est venue les arrêter, avec leurs parents, dans la chambre d'hôtel inconfortable qu'ils se partagent depuis la fin du mois de janvier, date à laquelle ils sont revenus du centre de rétention de Nîmes.
Car il y a à peine trois mois, déjà, le 22 janvier, la préfecture de Pau a voulu faire appliquer l'arrêté de reconduite à la frontière qu'elle avait pris à leur encontre : à 6 heures du matin, la police arrête la famille à son domicile, la place en garde à vue, l'enferme dans des cellules, l'envoie dans un long voyage à Nîmes (500 km, 5h de route), sans guère d'égard pour Thermine, enceinte de trois mois passés.
Les arrêtés de reconduite à la frontière, confirmés par le tribunal administratif de Pau, prévoient de renvoyer le père en Azerbaïdjan, la mère en Arménie. La destination des enfants sera sans doute jouée sur un coup de dé, sur le tarmac ? A peine quatre jours plus tard, le juge de la détention et des libertés, ayant considéré l'arrestation de la famille irrégulière et déloyale, les fait libérer !
Les voilà de retour à Pau, indésirables, comme en Azerbaïdjan, comme en Arménie, comme en Ukraine, comme en Russie. Une forte bataille de RESF contre la préfecture leur permet d'obtenir un logement d'urgence. Deux chambres d'hôtel.
Alors qu'ils se reconstruisaient, que leur angoisse commençait à s'apaiser, aujourd'hui le préfet envoie de nouveau la police : à 6h du matin, l'heure des arrestations des familles endormies. Même triste parcours, le commissariat, la garde à vue, le centre de rétention.
Toulouse cette fois. Le juge de la détention et des libertés aura-t-il la même position, vis-à-vis de ces étrangers ?
Mais trois mois après le premier internement, le ventre de la maman s'est arrondi, la petite fille attendue grandit, encore protégée pour quelques semaines. La maman est fatiguée, déprimée, son état inquiète tous ceux qui la connaissent. Inquiète et révoltée !
Monsieur le Président de la République, je suis révoltée par cette histoire qui n'est pas si lointaine de celle du film dont je vous parlais au début de mon courriel. Comment le pays des droits de l'homme peut-il se conduire comme le pire des états policiers ? Sommes-nous déjà en 2027 ? Allons-nous continuer à pourchasser des gens qui sont déjà victimes de par leur lieu de naissance ?
Dans quel pays vivons-nous, pour qu'avant même sa naissance, un bébé soit mis en danger, volontairement, par une politique inhumaine, injustifiable, son frère et sa sœur bousculés comme ils le sont ? Dans quel pays vivons-nous pour que des enfants soient terrorisés, brutalement réveillés à 6 heures du matin ? Dans quel pays vivons-nous, incapable d'accueillir deux jeunes parents qui cherchent asile et protection ?
Monsieur le Président, je ne veux pas croire que vous soyez insensible à ce point...Je sais que votre ministre, monsieur Hortefeux, veut du chiffre mais peut-on parler de chiffre lorsqu’il s’agit d’êtres humains ? Je fais appel à votre (bonne) conscience. Ne séparez pas cette famille, je vous le demande instamment.
Je vous prie de croire, monsieur le Président, à ma parfaite considération.
Grenouille de bénitier.
Voilà à quoi je m'amuse pendant mes "loisirs"...Mes engagements d'un jour (dixit une langue de vipère) me prennent beaucoup de temps...Si vous voulez envoyer cette lettre au préfet en question, l'union faisant la force, voici les adresses :
marc.cabane@pyrenees-atlantiques.pref.gouv.fr
Fax ministère Hortefeux : 01 77 72 61 30 Standard 01 77 72 61 00
Directeur de cabinet : thierry.couderc@iminidco.gouv.fr
Conseiller du ministre : patrick.stefanini@iminidco.gouv.fr
Directeur-adjoint : guillaume.larrive@iminidco.gouv.fr
Conseillers techniques : sabrina.belkhiri-fadel@iminidco.gouv.fr et
geoffroy.didier@iminidco.gouv.fr
Matignon : http://www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/premier_ministre/ecrire
Elysée : http://www.elysee.fr/ecrire/index.html
Maxime Tandonnet (conseiller immigration) maxime.tandonnet@elysee.