Veux-tu passer de l'autre côté du miroir? Avec mes deux psychopompes, je veille sur la Source de Vie. Les devas du lieu m'inspirent des diatribes acérées contre les forces brutes de l'Âge de Fer.
C'est un surveillant du collège de mon fils qui a écrit cette lettre...Et je pense qu'elle a valeur d'exemple, car c'est dans toute la France que se produit ce genre de chose grâce aux "réformes" du gouvernement...Mais il paraît que les collèges et les lycées au centre ville, bien fréquentés par les enfants de l'élite, n'ont pas ce genre de problèmes...
"Bonjour!
C'est beau de voir que le secteur se réunit autour de ces préoccupations, ce qui montre qu'il y a urgence en la matière et dénote un "ras le bol" général.
Tout commence par la sensibilisation aussi sur ce point, je vais essayer de poser ma pierre à l'édifice, en présentant ce que je peux constater à mon niveau. Même si j'ai conscience que cela peut paraître faible sur le plan de l'implication, des raisons personnelles ne me permettent pas d'en faire plus.
Bref, allons dans le vif du sujet.
Ce qui nous attend l'année prochaine, c'est de se retrouver à 4 surveillants par jour (au mieux). Et là, on peut faire une comparaison avec ce que l'on vit en ce moment (nous sommes 3 surveillants chaque jour en moyenne depuis la reprise).
Je ne sais quel effectif le collège aura l'année prochaine, mais ce qui est sûr, c'est que 4 surveillants pour 500 élèves, c'est impossible.
Ou alors, les missions de ces derniers doivent être revus grandement à la baisse.
Il est impossible de mener à bien un suivi des absences pertinent étant donné que notre vie scolaire se retrouve systématiquement fermée (la vie scolaire est fermée pendant la récréation afin de détacher le maximum de personnels pour la surveillance de la cour).
La sanction n'a plus rien d'éducative, car on n'a plus le temps de "communiquer" avec les élèves (on ne peut pas se permettre de prendre du temps pour la discussion avec un élève qui est en faute, car on est souvent pris par autre chose...).
Le suivi des sanctions éducatives données par les professeurs ne peut pas l'être par nos soins, et au contraire, on nous empêche de gérer au mieux nos propres missions (les expulsés de cours viennent en permanence faute d'avoir un surveillant libre pour les prendre à part dans une salle prévue à cet effet. Du coup, la permanence est perturbée et l'exclu est content de voir ses amis et donc y voit plus une chance qu'une sanction...).
Les élèves se baladent dans les couloirs, car ils savent que nous ne sommes pas assez nombreux pour y être lors des inter-cours. Du coup, ils arrivent souvent en retard, ou se retrouvent encore une fois en permanence. Et pire, ces inter-cours ont crée un "no man's land" dans les couloirs et les escaliers, faute de surveillance possible.
Voilà des remarques objectives sur ce qui se passe au collège.
D'un point de vue du ressenti, je dirais que pour ma 3ème année en tant que surveillant, les choses se sont bien dégradées !
Ce qui se passe ici dépasse l'entendement, je n'ai jamais vu ça...(dans mon premier collège, classé non ZEP, on était 3 ou 4 chaque jour pour 350 élèves).
Le poste de surveillant n'a plus rien de positif dans de telles conditions: on est sans cesse en conflit avec les élèves (puisqu'ils ne comprennent pas : par moments, ils sont punis, à d'autres non (parce qu'on ne peut pas être toujours là), on est dépassé (permanences surchargées, élèves trop nombreux en récréation pour le nombre de surveillants présents, exclus ingérables... ). Dans ces conditions, on se demande pourquoi on nous nommes assistants d'"éducation"...
On fait illusion. Pour le moment, rien de grave ne s'est produit parce qu'on essaie au mieux d'assurer la sécurité des élèves...mais il est évident que ça finira par arriver. Et là, on pourra pas dire qu'on n'aura pas signalé le danger...
Pour résumer :
- la sécurité n'est plus assurée (trop peu pour surveiller les inter-cours, et la récréation)
- le suivi des absences n'est que partiellement saisi (vie scolaire régulièrement fermée)
- la mission éducative qui nous est attribuée ne peut être menée (impossibilité d'être à l'écoute des élèves: discussion, aide aux devoirs...)
- la communication fait défaut (avec les professeurs, les parents...comment travailler ensemble si on ne se voit jamais?)
On a des missions délicates et importantes, mais on nous donne aucunement les moyens humains de les remplir.
Nous ne sommes que des "assistants" désormais. On colmate les brèches là où on peut, pour donner l'illusion que tout se passe bien.
Mais rien ne va ! On sert de soupape. Il n'y a plus rien de plaisant dans ce travail...
Et encore, je suis assistant (d'éducation). Je ne parle même pas des contrats précaires, qui eux, pour le même travail, le même salaire font plus d'heures et ont moins d'"avantages" sociaux...c'est une honte ! D'autant que 2 ans après, on les remercie sans pour autant qu'ils puissent accéder à quelque chose de concret...
L'Education Nationale n'est pas une entreprise. On travaille avec l'humain ici, pas avec les chiffres..."
C'est à Xavier Darcos qu'il faudrait envoyer cette lettre...Le jour où il y aura un accident, il ne pourra pas dire qu'il ne savait pas...